mardi 25 septembre 2007

Série 2

Lucien Suel et Roger Lahu


- Vous êtes invité à une soirée ou vous ne connaissez personne. Tout le monde semble d'ailleurs vous ignorer. Quelle sera votre attitude ?

Cristophe Siebert: - je me bourre la gueule et je drague les filles si je suis seul ; je me planque dans la salle de bain avec ma copine si je suis accompagné.

Roger Lahu: C’est quoi « une soirée » ? c’est qui « tout le monde » ? mais a priori no problem : souvent , tout seul , je m’ignore totalement .

Lucien suel: Je me dirige vers le buffet, me nourris et m'abreuve en ouvrant la conversation avec les serveurs ou serveuses. Quand il n'y a plus rien et/ou que mon estomac est plein, je m'en vais sans saluer personne.


- Quel est votre mère en littérature (c’est à dire l’auteur qui vous a bercé et mis au monde, homme ou femme peu importe) ? et quel est votre père (c’est à dire l’auteur que vous rêvez de tuer, pour prendre sa place) ?

Christophe Siebert: Ma mère : Bukowski ; mon père : Manchette.

Roger Lahu: Bob Morane et le Capitaine Nemo

Lucien Suel: Je suis né de père inconnu et ma mère est morte en couches.


- Dans une cave vous trouvez une lampe-torche pourrie. Vous poussez l'interrupteur sur on, comme ça pour voir, et hop un génie pourri sort de là en produisant un petit nuage soufré. Il vous dit "bon mec je tiens pas trop la forme ces temps-ci, alors ok t'as le droit de faire un voeu mais vas-y mollo et me gonfle pas avec des trucs tirés par les cheveux, d'ailleurs je vais te cadrer tout de suite , voilà les deux possibilités que je te donne, soit tu deviens un écrivain aussi célèbre que Colum McCann, soit tu te retrouves pété de tunes, à plus savoir combien exactement, style quatre milliards de dollars, alors tu choisis quoi mec ?"

Cristophe Siebert: - écrivain célèbre, sans hésiter une seconde.

Roger Lahu: Je lui colle une mandale au « petit génie » qui me pourrit la vie dans cette cave ! j’lui ai rien demandé moi ! je venais juste chercher une bonne bouteille de derrière les fagots ! qu’est ce qu’il vient me gâcher le présent avec son dilemme à la con . Mais comme je ne suis pas méchant bougre et qu’il pleurniche je vais quand même lui payer un gorgeon à ce petit génie pourri , « Allez mon chtiot ! sans rancune ? "

Lucien Suel: Je choisis la deuxième solution et je crée une maison d'édition à ma mesure.

- Où la réalité se cache t-elle?

Cristophe Siebert: rien n'est vrai, tout est possible, tout est permis.

Roger Lahu: SHIT ! elle s’est plaquée derrière les quatre stères de buches que j’ai rentrées hier ! Mais je ne vais pas m’emmerder à toutes les déplacer à nouveau : la réalité elle aura qu’à attendre la fin de l’hiver pour montrer à nouveau son museau de fouine !

Lucien Suel: La réalité se cache dans les toxines de mes fibres musculaires.


- Etes-vous inséré dans la vie, ou bien avez-vous des problèmes qui vous en empêchent ?

Cristophe Siebert: arh, question pas simple. je suis en partie inséré, des choses m'insèrent (un enfant, une femme, un pseudo travail), d'autres me tiennent à l'écart (pas de pognon, aucun intéret pour plein de trucs qui nourrissent la vie de plein d'autres gens)

Roger Lahu: Vérifions dans le Grand Robert :

insérer [RseYe] v. tr. [CONJUG. céder.]
ÉTYM. 1319, sens 3; lat. inserere; de in- locatif, et serere « tresser, entrelacer ».
v
(1599). Introduire* (une chose) dans, à l'intérieur de, de façon à incorporer* (surtout construit avec un compl. prépositionnel en dans). | Insérer une feuille, un feuillet, un cahier, un carton dans un livre (è Intercaler, interfolier). | Insérer dans un cadre (è Encadrer), dans une monture (è Enchâsser, enchatonner, sertir; → Horloger, cit. 4). | Insérer des fragments ornementaux à la surface d'un objet. è Incruster. | Insérer qqch. quelque part, dans un interstice, entre deux éléments. — Insérer une greffe sous l'écorce. è Enter, greffer, implanter. — Rare. (Sujet n. de chose). | Dispositif qui insère une chose dans une autre. — (Le sujet désigne une chose; le compl., la partie de cette chose qui s'insère). | « Le grand dorsal (…) insère son tendon (…) à la partie postérieure de l'humérus » (Cuvier, in T. L. F.).
Réponse : je voudrais bien être « enchatonné » dans la vie , ça me semble plus douillet que d’être « inséré » . Miaaaouuuuh !

Lucien Suel: Je suis inséré et même digéré.

- Combien de mots en moyenne par jour?

Cristophe Siebert: Idéalement, entre mille et trois mille ; mais on fait pas toujours ce qu'on veut

Roger Lahu: Écrits ? dits ? entendus ? lus ?
Au total beaucoup trop , incommensurablement trop !

Lucien Suel: 7 mots par jour, 12 par semaine, 52 par mois, une moyenne.


- Le livre dont vous rêvez mais que vous n’oserez jamais écrire ?

Cristophe Siebert: haha ! un livre avec plein de personnages, et des intrigues complexes et très ramifiées, avec un rendu feuilletonnesque ; quelque chose comme le harry potter de la fin du monde.

Roger Lahu: Deux livres :
L’autobiographie de l’Ombre Jaune .
Et
«Le plus grand haiku du monde » (756 pages in folio)

Lucien Suel: Mes insultes.

- Quel rapport entretien votre écriture avec le quotidien?

Cristophe Siebert: oui, constamment.

Roger Lahu: Des rapports inextricables . Il m’arrive de penser que mon « quotidien » est un de mes poèmes complètement foiré !

Lucien Suel: Mon écriture nourrit mon quotidien.

- Avez-vous le sentiment de bien vous comporter avec les gens en général et avec vos parents en particulier ?

Cristophe Siebert: avec les gens en général, oui ; le cas de mes parents est un peu différent : mon père est mort, et je n'ai pas adressé la parôle à ma mère depuis une dizaine d'années (sauf à l'occasion de la mort de mon père, justement)

Roger Lahu: Je ne connais aucun « gens en général » et mes deux vieux sont morts .

Lucien Suel: Aveu : J'ai toujours le sentiment de ne pas bien me comporter et je me sens coupable. Ainsi, j'ai l'impression de répondre à ce questionnaire par-dessus la jambe et ça me donne un sentiment de honte.


-Y'a t il des choses indicibles en littérature?

Cristophe siebert: Non aucune.

Roger Lahu: L’essentiel ordinaire est particulièrement « indicible » : la littérature ne peut strictement rien dire de valable d’une seule des buches que j’ai rentrées hier (cf ci-dessus) . Et c’est tant mieux (sinon à quoi vivre « pour de vrai » ?)

Lucien Suel: Pour moi oui, je ne saurai jamais parler du Mal comme Georges Bataille ou de Dieu comme Maître Eckhart.

- La musique à écouter en vous lisant?

Cristophe Siebert: coil, current 93 ; bastard, béru.

Roger Lahu: Ouvrez la radio au hasard ça sera okay !

Lucien Suel: Les Kindertotenlieder de Gustav Mahler par Kathleen Ferrier, mais en sourdine.

- Donneriez-vous 10 000 vies contre celle d’un écrivain ?

Cristophe Siebert: tout dépend. s'il s'agit de la mienne, ou de celle d'un copain, sans hésiter ; sinon, faut voir mais il y a peu de chance.

Roger Lahu: NIET ! mais je donnerais toute la littérature universelle pour une vie !

Lucien Suel: Sûrement pas.

- Y'a til une éthique dans vos textes ou bien seulement une démarche esthétique?

Cristophe Siebert: La démarche consciente est esthétique, mais je me rends compte, à l'usage, qu'il y a une éthique derrière - pas forcément la mienne, d'ailleurs, à tous les coups.

Roger Lahu: Ni éthique ni esthétique : « encore des mots toujours des mots les mêmes mots » (relire « Traité d’esthétique éthique » de Dalida)

Lucien Suel: Les deux en général.

- L’art c’est vraiment ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ?

Cristophe Siebert: Oui. fillou président !

Roger Lahu: Ecrire rajoute juste un petit peu de sel ou d’épices , à la vie-qu’on-vit . Parfois cela sert aussi d’aspirine ou d’anti-inflammatoire .

Lucien Suel: J'aime beaucoup Robert Filliou mais au fond de moi, je n'ai jamais pris au sérieux ce genre d'affirmation.


- D’où viennent les phrases qui finissent dans vos livres ?

Cristophe Siebert: hum... de ma tête, j'espère, et de la tête d'autres écrivains, mais j'essaie de lutter. c'est une traduction, mes phrases. de ce que voient / pensent mes personnages. elles viennent de leur histoire, du coup.

Roger Lahu: De ce celèbre no man’s land : « AZERTYUIOP » (vous savez bien , cette drôle de contrée à l’entrée de laquelle est plantée une pancarte de bois trouée de balles de winchester où l’on peut lire : « Man ! fais gaffe à tes fesses t’arrive en terre vraiment étrangère ! »

Lucien Suel: Ha ha !

- Peut on parler de public en littérature?

Cristophe Siebert: Je ne sais pas trop, justement. en tout cas, il y a des lecteurs et des auditeurs, des gens fidèles ; il y a les autres, qui existent. forcément, ça doit bien influencer le boulot, d'une manière ou d'une autre.

Roger Lahu:...

Lucien Suel: Seulement lors des lectures publiques.

- Trois personnes qui ont nourris votre imaginaire?

Cristophe Siebert: Umberto Eco, Manchette, Bukowski

Roger Lahu: Les deux Verne : Jules et Henri , si l’on en reste aux premières nourritures « imaginaires » d’enfance , les plus nourrissantes

Lucien Suel: Michel Strogoff, Kit Carson et Philip K. Dick.

- Attendez-vous quelque chose de vos lecteurs ?


Cristophe Siebert: Ouais : de l'assiduité, de l'intelligence et de l'amour.

Roger Lahu: Non ! si déjà ils sont devenus « mes lecteurs » il n’y a rien de plus à « attendre » d’eux , ils ont fait un sacré effort !(faut quand même pas leur en demander plus : envoi de bouteilles millésimées en guise de remerciements énamourés par exemple !!!)

Lucien Suel: Qu'ils continuent.

- Quel est l'intérêt d'un texte court?

Cristophe Siebert: Il est plus vite lu ; ça peut être utile, selon le support visé.

Roger Lahu: Autour de 4,5% actuellement je crois , mais avec les blêmes de l’immobilier ricain ça risque de remonter !

Lucien Suel: Qu'il s'arrête.

- Qu'attendez-vous de la vie, en définitive ?

Cristophe Siebert: Qu'elle continue le plus longtemps possible. la vie, c'est juste du temps ; pour ce qui est de l'occupation de ce temps, j'attends surtout des choses de moi.

Roger Lahu: Rien de plus mais rien de moins que ….

Lucien Suel: Qu'elle continue.



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