mardi 25 septembre 2007

Série n° 1

de gauche à droite: thomas vinau, jean marc Flahaut et Daniel Labedan


- Vous êtes invité à une soirée où vous ne connaissez personne. Tout le monde semble d'ailleurs vous ignorer. Quelle sera votre attitude ?


Dan Labedan: je ne vais plus dans les soirées, il n'y a pas assez d'intimité et puis en général là-dedans on passe son temps à essayer de séduire son voisin avec des artifices vestimentaires ou bien des réparties spirituelles. Pour ma part je n'ai aucun esprit et je suis aussi magnétique qu'une vieille chaussure.

Thomas Vinau
: Je m'assois dans un coin, je bois et j'observe les gens qui s'amusent.

Jean Marc Flahaut: Je raconte une anecdote à propos du tournage de Massacre à la tronçonneuse et tout le monde s’arrête pour m’écouter religieusement. Même les plus croyants.

- Quel est votre mère en littérature (c’est à dire l’auteur qui vous a bercé et mis au monde, homme ou femme peu importe) ? et quel est votre père (c’est à dire l’auteur que vous rêvez de tuer, pour prendre sa place) ?

Dan Labedan: Pour la mère : Enid Blyton. Pour le père : aucun.

Thomas Vinau: Richard Brautigan pour la mère et George Perros pour le père

Jean Marc Flahaut: J’ai déjà un père et une mère.

- Dans une cave vous trouvez une lampe-torche pourrie. Vous poussez l'interrupteur sur on, comme ça pour voir, et hop un génie pourri sort de là en produisant un petit nuage soufré. Il vous dit "bon mec je tiens pas trop la forme ces temps-ci, alors ok t'as le droit de faire un voeu mais vas-y mollo et me gonfle pas avec des trucs tirés par les cheveux, d'ailleurs je vais te cadrer tout de suite , voilà les deux possibilités que je te donne, soit tu deviens un écrivain aussi célèbre que Colum McCann, soit tu te retrouves pété de tunes, à plus savoir combien exactement, style quatre milliards de dollars, alors tu choisis quoi mec ?"

Dan Labedan: Les quatre milliards de dollars bien sûr. On peut en faire des choses, avec ça.

Thomas Vinau: Les quatre milliards, pour m’acheter une librairie ou une île et passer le reste de ma vie à écrire tranquillout.

Jean Marc Flahaut: J’avance plus loin dans la cave.


- Où la réalité se cache t-elle?

Dan Labedan:
Malheureusement la réalité ne se cache pas. C'est la poésie qui se cache, plutôt.

Thomas Vinau: Moi je crois aux détails, aux miettes.

Jean Marc Flahaut: Au fond des verres de saké.

- Etes-vous inséré dans la vie, ou bien avez-vous des problèmes qui vous en empêchent ?

Dan Labedan: Je crois que choisir l'écriture ça n'est pas du tout un bon truc pour s'insérer.
Thomas Vinau: Je suis en réinsertion permanente, ça répond à la question?

Jean Marc Flahaut: Choisir l'écriture c'est choisir la marge.

- Combien de mots en moyenne par jour?

Dan Labedan:
De plus en plus et bientôt de moins en moins.

Thomas Vinau: Aucune idée! Peu.

Jean Marc Flahaut : Moins que zéro, parfois.


-Le livre dont vous rêvez mais que vous n’oserez jamais écrire ?

Dan Labedan: Je ne me suis jamais posé cette question : il me semble que je pourrais tout oser, mais peut-être suis-je conditionné pour répondre ça.

Thomas Vinau: Une grande épopée d'aventure et de pirates.

Jean Marc Flahaut: La maison des feuilles, heureusement Mark Z. Danielewski l’a écrit pour moi.

 
- Quel rapport entretient votre écriture avec le quotidien?

Dan Labedan: bien que cela puisse sembler surprenant, mon écriture a très peu à voir avec le quotidien. Elle s'en inspire parfois, mais rarement.

Thomas Vinau: Le même rapport qu'un boulimique complexé avec la nourriture

Jean Marc Flahaut: Un rapport de force.

 
- Avez-vous le sentiment de bien vous comporter avec les gens en général et avec vos parents en particulier ?


Dan Labedan:
Disons que j'apprends tous les jours à me comporter mieux mais parfois j'oublie les acquis.

Thomas Vinau:
Non

Jean Marc Flahaut: J’essaye de rentrer chez moi la tête haute un jour sur deux.

-Y'a t il des choses indicibles en littérature?


Dan Labedan: Oui, des choses qui ont à voir avec la douleur. Mais je préfère ne pas développer.

Thomas Vinau: Les douleurs qui nous dépassent, les choses trop fraîches... Mais il y a surtout des choses illisibles.

Jean Marc Flahaut: Il faut bien que la musique et le cinéma servent à quelque chose, non ?

- La musique à écouter en vous lisant?


Dan Labedan: Pas de musique. Les bruits de la ville ou de la campagne, selon l'endroit où on se trouve.

Thomas Vinau: Dakota Suite l'hiver et Al Green l'été

Jean Marc Flahaut: Anthology of American folk Music, en boucle.

 
- Donneriez-vous 10 000 vies contre celle d’un écrivain ?


Dan Labedan: Non .

Thomas Vinau: Sans hésitation non, ça ferait perdre 10 000 raisons d'écrire.

Jean Marc Flahaut: On trouve ça dans Une raison d’aimer la vie de Philippe Djian. Une nouvelle très étrange. Très années 80.

- Y'a til une éthique dans vos textes ou bien seulement une démarche esthétique?

Dan Labedan: Un petit peu des deux j'espère.

Thomas Vinau: J'essaie de ne pas écrire de poésie à idées mais d'écrire avec des idées... en gros

Jean Marc Flahaut: Il y avait une démarche éthylique jusqu’en 1993.


- L’art c’est vraiment ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ?

Dan Labedan: L'art est un truc flou, multiple, protéiforme, évolutif, il peut être sacrément chiant, formel, théorique, insincère, vaniteux, ou bien beau et bouleversant. Est-ce qu'à ce titre ça peut rendre la vie plus intéressante ? Peut-être. Sans doute. Oui oui, certainement.

Thomas Vinau: Oui probablement, mais le contraire est vrai aussi, la vie est ce qui rend l’art plus intéressant que la vie et vice versa et l’inverse, enfin ch’sais plus.

Jean Marc Flahaut: Parfois oui parfois non.

 
- D’où viennent les phrases qui finissent dans vos livres ?


Dan Labedan: J'ai compris la question de travers : j'ai compris "d'où viennent les phrases qui finissent vos livres". Alors je réponds de travers : les phrases qui finissent mes livres viennent de leur milieu, parce que tout bonnement j'en supprime toutes les fins. J'adore laisser les trucs en suspens.

Thomas Vinau: Elles naissent dans les cervicales des autres je crois

Jean Marc Flahaut: De la table d’à côté.

- Peut on parler de public en littérature?

Dan Labedan: C'est une question étrange, qui me déroute totalement : si j'aime écrire c'est parce que j'ai un goût très prononcé pour la solitude et la contemplation. La notion de public, je ne la comprends pas vraiment dans le domaine de l'écrit. Non vraiment je ne sais pas, je ne peux pas répondre.

Thomas Vinau: Je préfère dire lecteur, puisque chacun est seul quand il lit un truc (sur le net ou sur papier), mais dans le fond oui, ça doit être une forme de snobisme de ne pas vouloir utiliser ce terme, en tout cas l’essentiel est d’être lu.

Jean Marc Flahaut: Je préfère qu’on les appelle des lecteurs. En avoir, même un seul, me suffit amplement.

- Trois personnes qui ont nourri votre imaginaire?

Dan Labedan: Enid Blyton je l'ai déjà citée plus haut, Maurice Leblanc, Tuxedomoon (dans l'ordre chronologique)

Thomas Vinau: Robinson Crusoé, Blueberry et Richard Brautigan

Je sais c’est pas très original, mais je ne suis pas très original.

Jean Marc Flahaut:
Tous les personnages secondaires dans les aventures de Tintin avec une mention spéciale pour Wolff, le suicidé d’On a marché sur la lune. George en v.o ou Claude en v.f dans The Famous Five ( le club des cinq ). Et Peter Parker, bien évidemment.


- Attendez-vous quelque chose de vos lecteurs ?


Dan Labedan: Mes lecteurs sont des amis potentiels. Je n'en ai pas beaucoup. Ce que je leur demande avant tout : de la compréhension.

Thomas Vinau: La clémence qu’on a pour les bois tordus, une forme d'empathie.

Jean Marc Flahaut: Qu’ils hurlent mon nom sous ma fenêtre. Et ne se trompent pas de rue.

- Quel est l'intérêt d'un texte court?

Dan Labedan: Il ne s'embarrasse pas du surplus descriptif habituel : chaque mot y est important et doit être à sa place. C'est à la fois une discipline et un exercice de style.

Thomas Vinau: Il doit aller à l'essentiel. À l'os.


Jean Marc Flahaut: Il est plus sexy qu’un gros roman qui se traîne.

- Qu'attendez-vous de la vie, en définitive ?

Dan Labedan: J'aimerais bien que ça continue un moment comme ça.

 
Thomas Vinau: Qu'elle me donne les moyens d'en profiter.

Jean Marc Flahaut: Un peu de rab.

8 commentaires:

piotrevski a dit…

houla, c'est hachement trop sérieux tout ça une fois.

jean-louis a dit…

si faut répondre à toutes les questions, je prépare la paquette de nurofen ou le bac de jupiler.
j'hésite.

thomas vinau a dit…

un pac de bières devrait suffire

your friendly neighborhood a dit…

sans oublier le jus de carotte

cyred a dit…

l anecdote de jm flahaut à propos de massacre à la tronçoneuse est vraie
je l ai vu faire

your friendly neighborhood a dit…

celle avec l'exorciste est beaucoup mieux

thomas vinau a dit…

m'étonne pas!
c'est son coté gôthique

cedric joséphine a dit…

y avait du bien vu, du pompeux, du culturel, cf les persos de tintin,du grivois, cf les nombreuses références aux remontants ethyliques,et même de quoi se marrer un peu, en robe de chambre à 15h, un jour de grisaille parisienne...
com-po-sé